Guillaume Lopez : La voix libérée de l’Occitanie
Ce toulousain est aujourd’hui considéré par beaucoup comme le plus grand chanteur occitan de son époque. Il refuse pourtant toujours avec force qu’on le porte comme icône et préserve comme un trésor son indépendance musicale.

11 heures, dans la petite cour pavée de la maison de l’Occitanie, Guillaume Lopez arrive la casquette vissée sur la tête et le sourire accroché aux lèvres. Les yeux rieurs, l’accent chantant qui sent bon le Sud, il se dégage spontanément une certaine quiétude du personnage. Lorsqu’on l’entend converser en Occitan avec les résidents du lieu on a du mal à croire au «hasard» de sa rencontre avec la langue des troubadours.
Pourtant, si Guillaume Lopez avait été un élève doué en mathématiques il ne serait certainement jamais « tombé amoureux de cette culture. » « J’avais le choix entre une option mathématiques ou occitan pour le baccalauréat, ma décision a été assez rapide», glisse-t-il avec ironie. Le coup de foudre est immédiat. Encouragé par son professeur il continue en 1999 les études d’occitan à la faculté du Mirail. Ce passage sur les bancs de l’université est aussi bref que décisif dans la carrière de Guillaume Lopez. C’est en effet à cette époque qu’il fonde avec un camarade de cours, Los d’Enlòc, « ceux de nulle part. » Les deux compères font de leur patronyme de scène leur adage, « on vient de nulle part comme ça on est partout chez nous », leur plait-il de dire. Pendant deux ans, le groupe écume les bals traditionnels, se représentant près de deux cent fois dans toute l’Europe. Ce premier groupe de musique est un ticket d’entrée dans le monde de l’Occitanie pour Guillaume Lopez. « J’ai trouvé dans ce milieu une convivialité, une façon de penser très saine qui m’ont de suite séduites », explique t-il.
« Je tente de démocratiser et universaliser la musique occitane »
Après cette première aventure, le chanteur multiplie les collaborations musicales et les tournées. C’est finalement la formation du duo Brotto-Lopez en 2002 qui fait de l’artiste une figure incontournable du paysage musical occitan. Avec la reconnaissance et le succès se perdent cependant l’innocence et l’insouciance des débuts. « À l’époque de Los d’Enlòc, je n’avais pas de conscience politique, je chantais et évoluais dans ce milieu comme dans un jeu, sans réfléchir, à l’instinct. » La rencontre d‘artistes et de philosophes comme Eric Fraj l’amène à affirmer sa propre pensée et son indépendance musicale. «Je me suis rendu compte que je ne partageais pas toutes les idées de ceux qui m’entouraient », commente-t-il. « J‘ai compris par exemple que je ne voulais pas m’adresser uniquement à un public d’avertis, que la musique comme l’identité occitane étant selon moi multiples, elles devaient s’ouvrir ». Lui l’enfant descendant de familles espagnols immigrées se soustrait aux frontières, construisant son « territoire imaginaire » entre « L’Occitanie, l’Espagne et le Maghreb ». Il multiplie alors les métissages en s’entourant d’artistes venus d’autres cultures musicales.
«Mêler mon répertoire à d’autres styles musicaux n’a pas plu à tout le monde »
Face à cette liberté créative et ce modernisme, des voix se sont élevées au sein de la communauté occitane. Guillaume Lopez ne semble néanmoins pas s’en inquiéter. «On me reproche parfois de délaisser la musique occitane pour chanter en espagnol ou en français, mais je crois que les gens comprennent que je fais la musique qui me représente», assène-t-il avec tranquillité. Quand on lui demande finalement ce qu’il a trouvé dans la culture et la musique occitane, il répond avec cette sagesse dont il ne se départie jamais, « j’ai planté mes racines à l’endroit où j’étais et elles m’ont ramené d’où je viens vraiment. »
Parcours :
. 1981 Naissance à Toulouse.
. 1989 : S’initie à la musique classique et au saxophone.
. 1998 : Découvre la langue et la culture occitane.
. 1999 : Crée son premier groupe de musique traditionnelle, Los d’Enlòc.
. 2002 : Forme son premier groupe professionnel, Duo Brotto-Lopez.
. 2008 : Sortie du premier album de Sòmi de Granadas, « Le champ des dunes ».
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