Débat- Le délit de solidarité
José Chilovsky : « La France, pays des droits de l’homme, s’est transformée en pays de la chasse à l’homme. »
Le réalisateur toulousain José Chilovsky avait été convoqué le 5 octobre par la police aux frontières pour avoir héberger une jeune femme en situation irrégulière. Toujours en attente de jugement, le réalisateur est revenu avec nous sur cette affaire de délit de solidarité. Avant de porter un regard pour le moins critique sur la politique du gouvernement et le débat sur l’identité nationale.
Monsieur Chilovsky, pouvez-vous revenir sur le déroulement de l’affaire qui vous a menée à être entendu, le 5 octobre dernier par la police des frontières?
Dans le cadre du film « Journal sans papiers » nous avons, ma co-réalisatrice Raphaëlle Gauthier et moi-même, loué des liens très profonds avec des personnages qui étaient en situation irrégulière en France. Parmi l’un des personnages du film il y avait une jeune fille, qui à l’époque était mineur. Elle attendait sa majorité avec impatience, comme n’importe quelle adolescente en quête de liberté et paradoxalement plus son dix huitième anniversaire approchait, plus elle était anxieuse et désespérée. Car elle était à peu près certaine de recevoir une obligation de quitter le territoire français comme c’est le cas lorsque les personnes sans papiers atteignent la majorité. Par rapport à cet état de détresse, il était important de la sortir et de la réconforter, donc je l’ai hébergé chez moi. Et la préfecture était parfaitement au courant puisque, pour la demande de son titre de séjour, j’ai fait faire un certificat de domiciliation. La première semaine d’août, deux membres de la police des frontières se sont présentés à mon domicile pour faire coup double, c’est-à-dire arrêter, placer en garde à vue puis sans doute expulser cette jeune personne et en même temps pour m’interroger et me mettre en garde à vue en tant qu’aidant. La loi interdit en effet d’aider qui que se soit qui se trouve en situation irrégulière. Cela pose un problème éthique qui renvoie à ce qui est censé être notre identité nationale. On se retrouve interdit de fraternité.
En avril, Eric Besson avait pourtant déclaré « le délit de solidarité est un mythe en France. »
On assiste à une liste de mensonges. Il n’y a que des mensonges à propos des sans papiers. On nous dit que ces personnes portent atteintes au système de protection sociale français. On nous dit que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais toute la misère du monde n’a jamais de mandé à venir en France. Par exemple, en Afghanistan, on renvoie des gens dans un pays en guerre où la France elle-même fait la guerre. L’émigration d’Afghanistan d’ailleurs ne concerne pas principalement la France ou la Grande Bretagne, il y a un million de personnes qui ont fuis la guerre et qui sont en Iran. L’opinion est victime d’une panoplie de mensonges de la part des gouvernements. Le délit de solidarité relève du même procédé, on dit qu’il n’existe pas, qu’il ne concerne que les passeurs (les réseaux organisés pour faire rentrer de manière clandestine des immigrées). La France, le pays des droits de l’homme, se transforme en pays de la chasse à l’homme. Comme à la chasse, on a des quotas, des rabatteurs et un gibier, le sans papier. Parfois on incite les structures publiques comme le pôle emploi à dénoncer. On a un règlement de chasse, elle est ouverte 365 jours par an.
Que pensez vous du débat sur l’identité nationale?
On a un ministère qui, de part son intitulé, oppose identité nationale et immigration. Identité nationale et immigration ne s’oppose pas. L’identité nationale n’a pas à être définit par rapport à l’immigration. L’identité nationale, c’est un consensus, quelque chose de très mouvant. Elle est inscrite sur les frontons de nos mairie c’est « Liberté, Égalité, Fraternité ». La question des sans papiers renvoie à une négation permanente de ce qu’est notre identité nationale. On bafoue ces valeurs et dans le même temps, on se permet de lancer un grand débat. Les premiers fossoyeurs de l’identité nationale en France, c’est le gouvernement, c’est Nicolas Sarkozy.
Qu’en est-il de votre film « Journal sans papiers »?
Le film est réalisé par Raphaëlle Gautier et moi-même. On travaille dessus depuis 18 mois. Il devrait sortir au mois de mai. France Télévisions est intéressé et une sortie cinéma est également prévue. Dans ce film, nous n’avons pas voulu plaquer notre discours, notre vision sur la questions des sans papiers. On a inversé le procédé habituel en apprenant les personnages du film à tourner, prendre du son et ce sont eux qui racontent leur propre histoire. C’est donc une perception de la France d’aujourd’hui par des gens qui vivent en France et qui selon certaines personnes, ne devraient pas y vivre.
Christophe Perron
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| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par admin le 01/28/2010 à 04:26, et placée dans France, Monde. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |
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